« Le meilleur moyen d’éviter la propagande, les mensonges,
les faussetés, c’est de cesser de lire. »
Alice Parizeau, Nata et le professeur

Les médias américains ne fonctionnent pas comme les systèmes de contrôle des régimes totalitaires. Ils initient certains débats, proposent à leurs invités de s’exprimer sur des questions controversées, diffusent des opinions variées.

Mais si les politiciens, PDG et autres personnes influentes aux États-Unis ne souhaitent pas exercer un contrôle absolu sur les masses, ils tentent néanmoins de dissimuler certains faits gênants ou d’attirer l’attention sur leurs bons coups plutôt que sur les éléments moins reluisants de leur feuille de route. Par l’intermédiaire des médias, ils s’évertuent à imprégner consciemment les opinions de la population d’un contenu bien défini et avantageux pour eux. C’est ce qu’on appelle la propagande.

Lorsqu’on pense à des campagnes de propagande, les premières images qui nous viennent à l’esprit sont souvent celles, violentes et tout sauf subtiles, qui ont mené Hitler au pouvoir et les Juifs dans les camps de la mort. Pourtant, il y a autant de modèles de propagande que de gens disposés à les appliquer.

Dans leur bouquin La fabrique de l’opinion publique, la politique économique des médias américains (2003), le linguiste et philosophe Noam Chomsky et le professeur de finances Edward S. Herman présentent le modèle de propagande le plus répandu au pays de l’oncle Sam.

Autour des médias, une pléiade d’influences ou « filtres » susceptibles de jouer un rôle dans le traitement de l’information (le choix des nouvelles, la place qu’elles occuperont, l’angle et la durée de leur traitement). D’abord, les entreprises médiatiques elles-mêmes, de plus en plus imposantes de par leur taille, leur richesse et la concentration de leurs activités. Ensuite, les publicitaires, la principale source de revenus des médias de masse. Suivent les acteurs de la nouvelle, essentiellement le gouvernement et les dirigeants de compagnies et d’organismes. Ce qui compte, c’est d’imposer son ordre du jour, qu’il soit politique, social, économique ou culturel.

L’arrivée du World Wide Web a créé de grands espoirs. Il a vite été avancé « qu’Internet et les nouvelles technologies de communication diminueraient l’emprise des grandes firmes sur le journalisme et inaugureraient une ère nouvelle pour les médias démocratiques interactifs ». Mais l’achat, en 2000, de Time Warner par AOL (alors le plus important portail) a prouvé qu’Internet est loin d’être le petit frère underground des médias dits traditionnels. Il en fait désormais partie intégrante. On considère la toile comme un nouveau moyen de faire de l’argent facilement et rapidement. Et chaque fois qu’un internaute visite une page, il laisse des traces, ce qui fait du client audience profile un véritable jeu d’enfant.

Si on souhaite tant se défaire de cette idée de propagande, c’est que les fantômes de Bob Woodward et Carl Bernstein, les reporters du Washington Post à l’origine du scandale du Watergate, planent toujours au-dessus de la tête des journalistes, ces héros (et hérauts) qui, dans l’idéal démocratique, devraient se consacrer à la recherche de la vérité, avant de la divulguer au public.

Toutefois, l’impératif du profit reste un obstacle de taille pour le journalisme à l’ancienne.  L’information en continu, le direct et Internet ont chamboulé les méthodes d’enquête.  Ce qui prime souvent, c’est le chaud (et le show), l’inédit, ce qui fera vendre. Que l’on gagne sa croûte dans une usine d’assemblage de pièces automobiles, à faire des salades dans un restaurant ou à rédiger des papiers pour un journal, le travail est plus ou moins le même. On saisit de la matière première, on la traite, l’assemble, puis on l’achemine vers les consommateurs… qui en disposent lorsqu’une meilleure (ou simplement plus récente) offre fait son apparition sur le marché.

Source: http://weirdovideo.com/wv68/node/1217

Mais si, plutôt que de tenir pour acquis, comme Chomsky et Herman, que les « filtres » influencent les masses, on s’attardait un instant au pragmatisme des Américains, particulièrement des gros bonnets? Cette façon de concevoir la vérité est présente chez nos voisins du sud depuis le Nouveau Monde. La clé, pour les pragmatistes, est de solutionner les problèmes en occultant le passé et en tablant plutôt sur l’avenir.

Lorsque démocrates et républicains débattent des missions en Irak ou en Afghanistan, aucun des deux clans n’affirme que la présence des troupes est inutile ou inadmissible. Peu importe si nos actions ont causé du tort; on en est là, alors à quoi bon s’épancher davantage? La vérité prend racines dans la réalité. Pour les Américains, la vérité devient vraie parce qu’ils font en sorte qu’elle le devienne. Dire, c’est faire.

Pour convaincre la population du bien-fondé de leurs idées et actions, les puissances politiques et économiques utilisent-elles la propagande parce qu’insidieuse et sournoise?  Ou plutôt parce qu’elle est une façon de crier à tous qu’elles détiennent la vérité, la solution? La propagande est plus qu’un moyen de persuasion.  Elle est aussi un héritage de la guerre pour l’indépendance des États-Unis, pendant laquelle le pragmatisme a uni les esprits pour que soit inscrite dans la naissance de l’Amérique une nouvelle page d’histoire. Avant d’imputer aux médias la lourde tâche de contrecarrer la propagande des différentes puissances, c’est toute la façon de penser des Américains qu’il faudrait remettre en question.

Très tôt, dans l’imaginaire afro-américain, un lien s’est tissé entre culture et délinquance. Déjà, dans la tradition orale des esclaves noirs, les héros négatifs pullulaient. Aujourd’hui, les personnages de gangster, de proxénète et de meurtrier sont monnaie courante dans la culture hip-hop, née dans les ghettos américains dans les années 1970. Mais ils ne sont pas, en fait, les plus grands hors-la-loi de cette culture urbaine.

Pour les esclaves qui bossaient dans les plantations du sud des États-Unis, toute revendication et tout accès à la culture constituaient des gestes illégaux. Dans son bouquin Le rap, une esthétique hors-la-loi, le philosophe Christian Béthune écrit qu’en 1676, dans plusieurs États américains, la pratique d’une langue et d’un culte africains était proscrite, tout comme l’apprentissage de la lecture et de l’écriture chez les esclaves.

La musique faisait toutefois exception. Les loisirs se faisant plutôt rares dans les régions rurales, les propriétaires terriens aimaient disposer d’un esclave doué pour la musique, surtout qu’ils pouvaient louer ses services aux planteurs voisins.

Si, aujourd’hui, les Afro-Américains ont les mêmes droits civiques que leurs concitoyens blancs, ils possèdent en moyenne 10 fois moins que ces derniers, selon un article paru dans Manière de Voir en 2004. Et pour eux, aborder les problèmes sociaux est toujours aussi tabou. Parlez-en à Jadakiss, dont la pièce Why a été retirée des ondes peu de temps après sa sortie, en 2004. Le rappeur s’y interroge sur la pauvreté, la justice, la politique. Il ose même lancer au peuple américain
cette sulfureuse question: « Why did Bush knock down the towers? »

Quant à lui, Jay-Z a eu l’audace de clamer, sur Beware of the Boys, sa collaboration avec l’artiste indien Panjabi MC, en 2003: « We rebellious, we back home, screamin’ leave Iraq alone! » Les exemples sont nombreux.

Ce qui est le plus controversé dans le gangsta rap, ce ne sont pas les histoires de gangs criminels, de drogue, de violence ou de sexe, mais bien l’idée que la communauté afro-américaine tente de dire tout haut à quel point ses membres souffrent tout bas. Les mots et les images choquent. Au pays de l’oncle Sam, entre 2 quartiers bien nantis se trouvent des hoods où les conditions de vie sont inacceptables.

N.W.A. (Niggaz With Attitude), Tupac et Biggie ont bien dénoncé sur leurs albums la brutalité policière et la pauvreté, mais ce n’est pas de leurs figures de style dont on discute le plus souvent. Si l’industrie musicale mise beaucoup sur l’image du rebelle, elle la simplifie considérablement. Toute la dimension de contestation issue de l’époque de l’esclavage est mise de côté, au profit d’une illustration plus sensationnaliste.

On ne doit pas se foutre la tête dans le sable. La violence et les activités illicites sont omniprésentes dans le hip-hop et ne doivent pas être banalisées. Mais la délinquance de cette culture ne se résume pas à celle d’un membre de gang de rue. Elle réfère aussi à celle du guerrier qui se bat pour ses idées.

« Les monstres sont réels, les fantômes le sont aussi.
Ils vivent à l’intérieur de nous. Et parfois… ils gagnent. » Stephen King

« Il y a dans tout homme, à toute heure, 2 postulations
simultanées: l’une vers Dieu, l’autre vers Satan. » Charles Baudelaire

J’ai toujours été attirée par l’horreur. En décembre 1983, lorsque le légendaire vidéoclip de la chanson Thriller de Michael Jackson a été diffusé pour la première fois, j’avais 3 ans. Réalisé par John Landis, ce film de 14 minutes se voulait un hommage au cinéma d’horreur des années 1950. Si les scènes où le prince de la pop dansait entouré de zombies me faisaient trembler, c’est la voix d’outre-tombe de l’acteur Vincent Price qui me faisait vraiment faire des cauchemars. Pourtant, les mains devant les yeux, je ne pouvais m’empêcher de regarder chacune des séquences entre mes petits doigts. J’étais terrifiée… mais conquise.

 

Quelques années plus tard, comme se plaisent à le faire de nombreux adolescents, je passais des heures à visionner les scènes riches en hémoglobine de Friday the 13th, A Nightmare on Elm Street et autres Halloween. J’avais un plaisir monstre (pardonnez-moi ce jeu de mots!) à avoir peur.

Si l’être humain se délecte autant de longs métrages d’épouvante, c’est qu’il souhaite être affecté. C’est du moins la thèse de Jeffrey Goldstein, professeur de psychologie sociale à l’Université d’Utrecht aux Pays-Bas. Certains désirent échapper à leur quotidien plutôt tiède. D’autres adorent la montée d’adrénaline que procurent les images de bain de sang. Et quelques-uns y voient l’occasion de flirter avec le danger et l’interdit, tout en restant bien à l’abri dans leur douillette demeure.

Mais la magie, en ce qui me concerne, a fini par cesser d’opérer. Après des centaines de litres de sang synthétique à base de sirop de maïs et des dizaines de macchabées en caoutchouc, le cinéma d’horreur me faisait désormais davantage rigoler que frissonner. J’en voulais plus. Et j’ai découvert la vraie horreur.

Ce qui me fascine aujourd’hui, ce sont les meurtriers qu’on voit aux infos, les gourous de secte mégalomanes, les auteurs des génocides perpétrés en Allemagne nazie ou au Rwanda. Toutes ces images de crimes odieux qui ont marqué l’histoire et les mémoires. Aussi, des théories comme celles qu’on retrouve dans les films Hostel d’Eli Roth et le roman Hell.com de Patrick Senécal. Des idées voulant que l’être humain, en manque d’émotions toujours plus fortes, repousse sans cesse plus loin les limites de ce qui est acceptable socialement et moralement. Quitte à perdre la vie… ou à prendre celle des autres.

Pour aller un peu plus loin:

Le livre Why We Watch: The Attractions of Violent Entertainment,
de Jeffrey Goldstein.

Les romans Aliss et Hell.com, de Patrick Senécal.

La Websérie La Reine Rouge, de Patrick Senécal, Olivier Sabino et Podz. http://www.reinerouge.tv/

La série télé Dexter.